Exposition / Natasha Krenbol

mémoire de tous les peuples en voie de disparition : la famille des poètes, volontairement primitifs et cosmopolites, de Mother Earth, actuellement en grand danger.

 

Pas étonnant si son oeuvre, nourrie, dans ce qui s’est longtemps appelé le Tiers-Monde, du contact avec les terres de la vie simple, ouvre naturellement des frontières qui, à ses yeux, devraient être effacées depuis longtemps. Chemin faisant, une autre vie du mental lui est devenue familière. “Hasards objectifs ”, signes, rencontres, sont pour elle la trame d’un quotidien devenu mystique, dans une époque où c’est la vie elle-même qui est surréaliste et où tout, pour les peintres, comme pour les poètes, peut être support de voyance. Concert de petits personnages, semblant tracés d’un doigt enfantin sur la buée d’une vitre ou d’un coup d’éponge sur un tableau noir encore tout laiteux d’avoir été fraîchement effacé, l’art de Krenbol n’a pas de dimension et il se projette aussi bien dans l’infiniment petit (le timbre-poste) que dans l’infiniment grand (les longues bannières enroulées sur une baguette de bambou, comme les kakeshiku japonais).

La peinture est, pour elle, un engagement total, une façon de vivre, de respirer, comme la musique, qui partout l’accompagne et constitue le fil conducteur de son oeuvre. Ce sont justement d’autres airs, d’autres mélanges qu’elle nous propose à voir, dans ses toiles si vivantes où tout danse et tout bouge, toute une culture qu’elle porte partout avec elle, comme le conteur itinérant sa mythologie personnelle. […]

L’art « nègre », au début du siècle, exerçait sur les artistes une influence surtout formelle, et d’une certaine manière relativement extérieure. Il n’y a aucune trace d’exotisme dans l’Afrique de Krenbol, une Afrique purement intérieure, rappel du temps où, si les paléontologues disent vrai, tous les hommes étaient noirs et où, imple espèce parmi les espèces, ils nouaient encore avec toutes les dimensions du cosmos des liens magiques, dont l’humanité moderne essaye en vain de retrouver le secret.

Animaux, plantes, humains, créatures imaginaires, tous les êtres se valent dans l’univers de Krenbol, où le petit et le grand ont la même importance aux yeux du Créateur. Et on y sent une tendresse particulière pour les mille petits détails, essentiels, qui font tout le charme et le miracle de l’existence. C’est un univers d’un animisme naturel, où la vie suit son cours, à son rythme, têtu et obstiné, comme l’âne, compagnon privilégié du Totopiok.

Là, réside le secret de ce qui donne à ces oeuvres tant de vie : dans la surimpression d’au moins deux mondes, deux préoccupations, à la fois opposées et complices, comme dans l’existence. Ici la poésie retrouve l’espace de se donner libre cours, et l’on sent la fraîcheur d’une libre et talentueuse improvisation : celle qui, comme en musique, sait associer le feeling, le don, et ce sens très particulier de l’équilibre que développent les grands vivants, à force de parer les coups à droite et à gauche.

Au siècle de l’orgueil, de la démesure et de l’overdose, qui dira, en art, les vertus de la simplicité, voire de la pénurie, mère de toutes les trouvailles ? Et qui se plaindrait que l’art circule, sorte des cadres et des salons,  s’imprègne dans le décor et se mêle à la vie ? Pour les chercheurs illuminés, ces “ défoncés naturels ”, émerveillés hypersensibles en état de réceptivité totale, on comprend que l’art, à la limite, est hallucinatoire ou qu’il n’est pas.

Laurent Danchin
Ecrivain, critique d’art

Natasha Krenbol peint et réside actuellement dans la vallée de la Drôme. Elle expose régulièrement depuis la fin des années 80 (Centre Georges Pompidou, Musée de la Poste, Halle Saint Pierre… et dans diverses galeries en Suisse – pays dont elle est originaire -, aux Etats-Unis, aux Pays-Bas, en France, au Japon…). Elle a publié de nombreux dessins dans Le Monde diplomatique, Le Monde de l’éducation, Politis, L’autre Journal, et la revue d’art pour enfants, Dada. Parallèlement à son travail d’artiste, Natasha Krenbol est une militante de la cause animale. Elle est par ailleurs engagée activement dans le combat contre la peine de mort, notamment à partir du cas de Thomas  Miller-El, qu’elle soutient depuis une quinzaine d’années.

©« Young Samouraï » – technique mixte.

Musée de la Création Franche
58 Av. Mal de Lattre de Tassigny – Bègles
www.musee-creationfranche.com
Tel : 05 56 85 81 73

Ouvert tous les jours de 14h a 18h, sauf les jours feries.

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